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Il y a quelques jours, Spotify m’a rappelé que cette fois, à Nouvel An, on changeait de décennie.

Les playlists composées pour l’occasion m’ont fait sourire et j’ai accepté la proposition de me faire revivre la décennie en musique ; accepté de me replonger dans « 10 été inoubliables », retrouvé « les artistes qui nous ont quittés », et réécouté « les coups de maître de la décennie ».

On le sait, la musique a ce pouvoir de ramener à la vie des instants précis, des impressions diffuses, des sensations qu’on pensait disparues, des douceurs oubliées, noyées peu à peu dans le grand tout du temps qui passe. Et tout cela, en en seulement quelques notes, comme l’a fait jadis une madeleine pour un grand homme.

Dix années en quelques dizaines de minutes

J’ai revécu, le temps de ma promenade, le casque sur les oreilles, les dix dernières années de ma vie. Revécu mes joies, plus solaires et plus amples encore ; j’ai revu de loin, sereine, les doutes et les craintes que j’avais su dépasser ; j’ai senti au fond de moi, au chaud et en sécurité, tout ce que ces 10 années avaient forgé de caractère, d’apprentissage et d’expérience ; j’ai repensé avec calme aux douleurs qui s’étaient apaisées.

Et surtout, j’ai senti surgir une vague immense de gratitude pour tout cela, toutes ces choses vécues, toutes ces personnes rencontrées, pour ces dix années de vie d’une intensité merveilleuse.

Je me suis souvenu, avec vertige, que je n’avais même jamais réellement dit merci pour tout cela.

En dix ans j’ai vécu, appris, aimé, donné, partagé, expérimenté, découvert, goûté. On prend tellement vite, tellement facilement la vie pour acquise, cherchant toujours plus, toujours mieux, oubliant que déjà tout cela ici, maintenant, est un p* de miracle.

J’ai eu la chance immense de voir ma maman en rémission de son cancer, et le bonheur encore aujourd’hui de profiter de sa présence. Merci à elle de s’être battu, et d’être encore là.

J’ai eu la chance d’apprendre un métier, de l’exercer, de le pratiquer et de le faire évoluer. Merci à tous ceux qui un jour m’ont recrutée, m’ont fait confiance. M’ont permis de grandir, de développer mes compétences, mes aptitudes, mes gestes, mes postures. Merci à ceux qui m’ont offert mon premier contrat de travail. Et merci à toutes celles et ceux qui aujourd’hui me font confiance, m’encouragent, m’aident et me soutiennent dans la voie de l’entrepreneuriat.

J’ai eu la chance de rencontrer des gens qui m’ont bousculée, qui m’ont forcée à faire des pas de côté, et qui ont fait bouger et grandir mes convictions, mes connaissances ou mes valeurs. J’ai aussi rencontré des gens qui m’ont heurtée, et qui m’ont mise en difficulté. Merci à eux de m’avoir permis de comprendre ce dont j’étais capable.

J’ai eu la chance de voyager, de découvrir plus grand et plus vaste que ma zone de confort. J’ai eu la possibilité d’observer que tout est possible. Rencontré des gens de tous horizons, de tous parcours, aux vies multiples et aux horizons de toutes les couleurs.

J’ai eu la chance d’être hébergée, nourrie et transportée par des inconnus qui m’ont fait confiance, et qui m’ont ouvert leurs portes.

J’ai eu la chance d’accéder sans contrainte ni difficulté à toute la connaissance que je voulais, à toute la littérature qui m’attirait, à la presse et l’information, librement. Merci aux libraires, aux écrivains, aux journalistes.

La chance aussi de me réveiller chaque matin dans un pays où je suis libre de mes choix, mes actions, mes décisions – en tant que citoyenne et en tant que femme. Dans un pays qui, pour nous modestes citoyens, n’est pas en guerre ; c’est à dire où, lorsque des bombes explosent, cela soulève et révolte la nation entière, parce que ce n’est pas habituel, ce n’est pas notre lutte quotidienne.

Et surtout j’ai eu la joie d’aimer, beaucoup, fort, et sans relâche, sans perdre confiance, jamais. De rire, de donner, de partager.

J’ai eu de la joie, tout court, chaque jour. Et sans doute n’ai-je pas été assez consciente de tout cela.

Pour chaque toute toute petite chose qui m’a fait sourire et crépiter le coeur, j’avais envie de dire merci.

Et vous, que retenez-vous de beau de ces dix dernières années ?

Au cours de la décennie que nous laissons derrière, pour quoi êtes vous reconnaissant.e ?