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Il y a quelques jours, lors d’une discussion amoureuse, je me suis rendu compte que j’avait écrit de la Lituanie quelque chose qui n’était pas suffisamment juste.

Je discutais avec l’homme que j’aime ; nous évoquions les moments passés ensemble dans la cabane, nos difficultés, nos joies, ce que nous y avions finalement vécu l’un et l’autre, ensemble ou chacun de notre côté.

Et j’ai remarqué que dans ce que j’avais raconté ici, je n’avais pas vraiment fait de choix. Pas vraiment choisi d’angle. J’ai évoqué mes difficultés, mes chocs, et les problématiques auxquelles la cabane sans eau courante m’avait confrontée. Mais sans prendre plus de hauteur. Sans choisir ce que je voulais en retenir.

Car si cela n’avait certes pas été simple tous les jours, il y eut pour autant d’innombrables joies. Auxquelles je souhaites faire plus de place.

Je ne sais plus qui disait :  » la vie ne sera peut-être pas la fête parfaite qu’on espérait, mais que cela ne nous empêchera pas de danser ».

Et puis autre chose, j’y reviendrai, mais je viens de lire le dernier Tesson – et puisque c’était sur mon Kindle je ne l’ai pas jeté par la fenêtre, mais vraiment le coeur y était. J’y reviendrai, mais mon propos est le suivant : on peut s’enthousiasmer de tout, dans chaque chose, chaque situation et chaque expérience il y a quelque chose de beau, de grand et d’utile à vivre, à retenir.

Voici donc la nouvelle direction que je vais donner à ces textes ici, et notamment sur la partie voyage : Ce que je choisis de retenir.

La beauté est partout, mais …

Comme le dit l’autre rabat-joie « On peut s’échiner à courir le monde et passer à côté de la beauté du vivant ».

Ce n’est pas mon intention.

Chaque moment, chaque lieu, chaque difficulté, chaque douleur et chaque joie a eu quelque chose à m’apporter, et c’est donc cette direction que je souhaite prendre. La souligner, lui faire de la place, la laisser respirer.

Tant pis pour Tesson, pour les rabats-joie, les peine-à-j-, les petits joueurs, les tristes et les volontairement défaitistes : je choisis la joie.

Dans chaque situation, nous pouvons faire un choix.

Nous pouvons choisir la façon dont nous réagissons, la façon dont nous voyons les choses, chaque situation est question d’interprétation. De choix. D’énergie. Et la Lituanie – pour violente que fut sur moi le choc de cette vie sauvage, vie nomade – fut belle, et infiniment plus belle que ce qu’elle porta de douloureux.

Je fais le choix de retenir de la Lituanie tout ce qu’elle m’a donné de beau, d’inspirant, d’impactant, même si le parcours ne se fit pas sans heurts.

Notre cabane était sauvage

Elle était une vue directe sur le nature, son calme et sa violence. Depuis le salon nous pouvions observer le ponton sur le lac, et entendre les cris des animaux la nuit. Parfois doux et amoureux, parfois …

Tous les jours nous croisions des cigognes, et très souvent j’avais rendez-vous avec Augustin sur le ponton, et avec Lady Augustine près de la terrasse.

Augustin est un petit ragondin à la truffe souriante, et aux moustaches dansantes ; il barbotait dans le lac et semblait parfois jouer à cache-cache avec nous. S’il sentait notre présence, il fondait sous la surface pour ne pas nous alerter, et reparaissait plusieurs dizaines de mètres plus loin.

Lady Augustine est quant à elle une petite souris grise, pas plus grande que mon index. Elle se régalait des restes de saumon qu’on lui mettait de côté, et en deux mois, elle avait fini par s’habituer à notre présence. Elle venait grignoter un petit morceau de pain à même la terrasse, presque entre nos jambes ; sans se soucier de nos débats métaphysiques animés, ou de nos conversations allégées par les effets des bières locales.

Peu à peu on mesure combien le bonheur n’équivaut pas au confort. Que les deux ont finalement peu à voir.

Le ponton était le lieu matinal de la méditation, et le lieu de fin d’après midi des apéros. Lieu de réflexion, lieu de réunion téléphonique aussi. Lieu de lecture, lieu de contemplation.

Et un soir il arriva

Nous étions assis sur les planches du ponton en fin de journée, avec un verre de vin et beaucoup d’idées à crash-tester. La conversation était ample, je riais sans doute, je bougeais certainement.

Je faisais dos à lac, et mon regard portait vers la vaste étendue d’herbe de la propriété, entre les deux bras de la forêt qui nous encerclait.

Soudain, je me suis figée – silencieuse, émerveillée. J’ai saisis le bras de K. qui me parlait encore et dans une folle agitation intérieure, mais mutique et contrôlée, je l’ai invité à doucement, lentement, se retourner.

Un jeune cerf était en face de nous, à une quinzaine ou une vingtaine de mètres. Il traversait tranquillement, serein et confiant, la vaste propriété comme s’il s’était agit d’une clairière.

Il nous regarda plusieurs secondes. Un instant baldaquin.

Il effectua comme un hochement de tête, comme nous signifiant « Allez, je vous laisse les gars, ça m’a fait plaisir ».

J’ai senti se diffuser en moi un amour plein et confiant, une émotion vive et intense, mélange de joie et de surprise, une reconnaissance qui me semblait infinie.

Reconnaissance

Reconnaissance pour l’instant. Joie de l’inattendu, du même pas je l’aurais espéré. Reconnaissance pour la connexion à la vie sauvage, la nature, pour sa confiance, son instinct qui ne l’éloigna pas de nous avant que nous n’ayons goûté à la douceur de la rencontre.

On oublie un peu chaque jour toutes les joies dont on fait l’expérience dans une journée. On n’y prête qu’une attention modérée, souvent transporté par nos agacements et nos préoccupations, oubliant les dizaines de petites joies qu’on a eus. Il suffit de les noter pour qu’ils existent en tant que tels : des instants-présents.

Peu importe l’eau courante; et peu importe la pluie, après tout. Un jeune cerf est venu nous saluer et nous honorer de sa confiance, quelques instants.

Pardon de ne pas l’avoir raconté avant.

Dorénavant je partagerai ici ce que je choisis de retenir, en application de tout ce en quoi je crois, et de mon aspiration inépuisable à être plus en cohérence avec moi-même.

Et vous, de quoi êtes vous reconnaissants au milieu des nuances de gris de vos expériences ?