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Il y a 2 ans environ j’ai choisi de transformer toute ma vie. J’ai commencé à déconstruire, pièce par pièce, jusqu’à me retrouver avec un grand espace vide où tout serait à faire. Une page blanche pour tout (re)commencer. C’est à la fois grisant, effrayant, stressant, kiffant, vertigineux.

J’ai choisi de commencer ma vie nomade en Lituanie, parce que la Lituanie a une passion pour les pontons, et que… moi aussi. Un ponton, c’est un peu le lieu idéal pour (re)commencer. On est au bout d’un modèle, on a prolongé la terre avec des morceaux de bois sur l’eau, mais là on est au bout, il n’y a plus que le lac, et plus du tout de terre. Marcher ne fonctionnera plus : on fait demi-tour ou bien on saute à l’eau.

C’est sur le ponton que je m’installe en ce moment et jusqu’à la fin du mois d’août pour écrire, lire, travailler, prendre l’apéro et écouter la Grande Libraire.

J’avais envie de sauter au cou de Pierre Arditti. Ses mots exacts étaient :

« Se dépasser, mais quelle idée… S’atteindre, ce sera déjà pas mal ! Vous imaginez, c’est ridicule, on court, on court après soi-même, on se dépasse et après quoi ? on se retourne et on regarde un inconnu ? S’atteindre, faire connaissance avec soi-même, ce sera déjà pas mal. »

Quand on parle, comme on le fait ici, de mouvement, nous sommes bien dans la thématique : se dépasser, se bousculer, s’atteindre?

Le ponton, le ponton, pourquoi le ponton ?

S’il y a une chose qui me saute aux yeux ici sur le ponton c’est la lenteur de la vie, le calme, le mouvement lent mais permanent.

Et il s’oppose avec particulièrement de force au rythme effréné dans lequel j’entraîne (ou j’entraînais?) ma vie au quotidien, plus ou moins volontairement. Ce besoin de se dépasser est omniprésent, c’est évident.

Chaque jour : faire plus, faire mieux, encore et encore.

Plus de chiffre, plus de vente, plus de likes, plus de résultats… Sans forcément prendre le temps de nous intéresser à ce qui pourrait être essentiel à nos yeux. C’est probablement à force de se dépasser sans porter d’attention à qui l’on est qu’on passe à côté de ce qui pourrait le plus compter.

Et c’est parfois ce qui arrive : certains d’entre nous se réveillent, à la fin de leur vie, au bout du bout (là où il n’y a plus ni ponton, ni lac, ni eau, ni quoi que ce soit, lorsque c’est vraiment trop tard) en se disant qu’ils ont vraiment passé leur vie à la gagner, qu’ils ont vécu pour travailler.

Mais c’est quoi l’essentiel ?

Question qui mérite probablement des années de réflexion, alors autant ne pas se réveiller à la dernière minute non ?

Quelles sont les choses que je veux construire dans ma vie ? Quelles sont celles auxquelles je veux contribuer ? Qu’est ce qui est réellement important pour moi ? Qu’est ce qui me fait vibrer ? Si j’avais 3 millions sur mon compte en banque, je ferais quoi ? Si je n’avais peur de rien, je ferais quoi ? Si je pouvais tout faire, je voudrais faire quoi ? A quoi puis-je estimer que j’ai passé une bonne journée ? Une bonne semaine ? Une belle année ? Qu’est ce qui fait que je m’endors serein ou agité ?

Une définition de l’enfer propose cette image : Juste quelques minutes avant de mourir, lorsque vous ne pouvez plus rien changer, vous rencontrez la version de vous-même la plus aboutie, la plus épanouie, la plus « réussie » : cette version de vous qui a tout osé, tout entrepris, tout exprimé, qui a été pleinement authentique, avec courage et persévérance.

Si vous rencontriez cette personne, serait-elle si différente de vous aujourd’hui ?

Se dépasser ou juste être pleinement soi-même ?

Attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : Je suis d’une culture industrielle au départ, je crois sincèrement à l’amélioration continue, dans tous domaines. Et aussi en ce qui concerne nos propres pratiques.

Améliorer une compétence, perfectionner un geste, développer plus d’efficacité, voire être plus performant, et avoir de meilleurs résultats. Mais avant de vouloir faire plus et mieux, peut-être commençons juste par être vigilant à être sur la bonne route.

Comme le disait très joliment Saint Augustin :

« Il vaut mieux suivre la bonne route en boitant que la mauvaise d’un pas ferme »

Je rencontre souvent des personnes qui m’expliquent qu’elles ont « juste » besoin d’outils, de techniques, de bonnes pratiques … pour être mieux dans leur job. Parfois oui, mais parfois c’est aussi plus complexe. L’un des enjeux dans la vie je crois c’est aussi cela : être sûr de poursuivre le bon objectif, d’être sur la bonne voie, de poursuivre ses propres rêves et pas ceux de ses parents, de ses amis, ou de ses collègues.

J’aime l’image de s’atteindre, pour ensuite cheminer avec soi-même, main dans la main, en étant bien convaincu que cette route est la nôtre ; ne pas se réveiller tout au bout de la route en tenant la main d’un fantôme.

J’avais trente ans lorsque j’ai pris ma retraite

J’avais trente ans lorsqu’au pot de départ en retraite de mon père je me suis dit :

«Ouuuuuh vivement la retraite, que moi aussi je puisse enfin faire ce que je veux !»

Cette idée n’a fait qu’un tour : elle est monté au cerveau, a brisé mon cœur de jeune cadre dynamique, et je lui ai foutu un énorme coup de pied au cul.

Je n’ai pas pu me résoudre à accepter les petites et grandes frustrations de mon quotidien et c’est là que j’ai commencé à transformer les choses.

Je n’ai pas trouvé la vérité, mais j’ai trouvé ma route

La voie que j’ai choisie est semée de difficultés et, très clairement, je ne peux pas aller aussi vite qu’avant. Mais je suis sur ma propre route, et chaque jour des petites victoires me le confirment.

J’estime que j’ai pris ma retraite : je choisis mon activité professionnelle en fonction de mes moteurs les plus forts, je donne du sens à chacune de mes actions, chacune de mes missions, et je n’agis que si celle-ci contribue à quelque chose de global ; et ce qui n’est pas parfait (puisqu’en réalité je n’ai pas gagné au loto ni pu prendre de retraite anticipée, n’est-ce pas… !) trouve sa place dans un ensemble harmonieux et complet dans sa globalité.

L’essentiel est probablement là pour moi.

Puisque j’apprends à me connaître, et puisque peu à peu je sais ce qui me fait vibrer, je construis autour de cela et non plus en poursuivant une chimère, un succès social, ou une réussite qui n’est pas la mienne.