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J’ai passé du temps à réfléchir à cela, de toutes mes aventures, : si je ne devais partager avec vous qu’une chose de celle vécue dans le Berry, ce serait laquelle ?

Partir avec juste mes baskets et mon sac à dos, sans tente, sans solution de logement, en allant sonner chez les gens… Forcément cela créa un sacré flot dans ma tête, mon cœur et mes tripes : des souvenirs, des impressions, des émotions, des chocs ; il y en a des tas, des différents, multiformes, qui poursuivent et qui marquent.

C’est rigolo la sémantique non ?…

Alors voilà le moment que je voudrais vous donner à expérimenter : l’attente (latente) dans la tente…

C’est un moment difficile pour moi. Mais magique.

Qui illustre à lui seul la beauté de l’aventure. De l’action. De la vie.

« L’action guérit cette sorte d’humeur, que nous appelons, selon les cas, impatience, timidité ou peur. » [Alain]

Que je vous pose le contexte :

Ce soir-là, trouver un endroit où poser mon sac à dos pour la nuit s’avère bien plus difficile que le début de l’aventure ne me l’avait laissé espérer ; cette fois personne n’a de place, personne n’est disponible… et surtout : personne n’est là ! Je finis par trouver un couple qui tient une chambre d’hôtes, et qui me propose une tente dans leur jardin. La JOIE d’entendre ce OUI est toujours plus forte, plus euphorisante, plus merveilleuse … même si cette fois la nuit s’avère difficile malgré tout.

…Et que je vous fasse un tableau :

La tente est… disons sommaire (moyennement propre, et clairement mouillée). Je suis fatiguée – j’ai fait vingt-quatre kilomètres ce jour-là, sur une route interminable, chauffée par le soleil d’août. Je n’ai que mon petit « sac à viande » pour créer un semblant de confort. J’ai bien grignoté quelques dattes et quelques amandes sur la route, mais il s’agirait maintenant de me nourrir plus sérieusement. Mes pieds ont déjà souffert ; et puisqu’on en parle, mes épaules aussi, et mes genoux aussi. Toute la journée il a fait chaud et sec, et maintenant il fait chaud et humide. On annonce de l’orage et de fortes bourrasques pour la nuit. Pas de douche, pas de lavabo, pas de repas. Retirer mes lentilles de contact est tout un challenge.

Et la fatigue aidant…

…à la tombée de la nuit beaucoup de petites contrariétés se transforment en vraies douleurs. Je suis seule, il n’y a que moi avec moi. Aucun confort. Tout semble difficile. Toutes les personnes que j’aime sont loin. Voire très très loin. La nuit bien entendu est sans répit ni repos : l’orage est joyeux au-dessus de moi, les éclairs fusent et le tonnerre me raconte des tas de choses.

A six heures lorsque mon réveil sonne, je suis d’une humeur sauvage, et TOUT sauf constructive.

Je voudrais rester dans ma tente et DORMIR. Annuler cette journée et rester couchée. Je m’énerve déjà à de nombreuses perspectives (comportement toujours porteur de solution comme chacun sait…). Mon humeur de chien me fait rester dans la tente encore une bonne heure. A ressasser. A grogner. A m’inquiéter de tout ce qui ne va pas, de tout ce que je n’ai pas, à me languir de tout ce qui est loin. Et à faire… RIEN.

Mais !

… Vers sept heures trente, je finis par m’arranger avec moi-même : OK Je sors. OK. Je vais plier mes affaires. OK. Je vais empaqueter mon barda. Je mets mes chaussures et je vais bien finir par trouver une rivière pour me rincer, et une boulangerie ouverte pour un café et un croissant. M… P… Ça suffit cette attitude, me plaindre et rester couchée ne sera certainement pas d’une grande efficacité. Je vais trouver. JE VAIS TROUVER. Debout.

Je sors de la tente.

Au moment où je sors finalement de la tente je me rends compte que je sors aussi de l’attente.

Je me suis mise en mouvement pour quelque chose. J’ai cessé de me plaindre et me suis mise en action pour chercher, créer, imaginer des solutions. Qui que quoi comment, je ne sais pas, mais je commence où je suis.

Et que je vous dise… A peine sortie, voilà mon hôte qui vient vers moi avec une très grande et merveilleuse serviette éponge (<3) : « Je suis désolé on n’a pas eu le temps de s’occuper de toi hier soir, mais voilà une serviette, tu peux prendre une douche ! Et on t’offre le petit déjeuner, va t’installer il y a plein de choses, sers toi, je te fais un café ? »

Voilà ce que la vie m’offre une fois que je suis sortie de ma cachette : une douche et un café.

Et, surtout, une matinée pleine d’échanges et de moments absolument fous, riches de sens, de partages, de complicité, d’amitié.

« L’action engendre son propre courage, sa propre énergie, une confiance en soi accrue qu’il est impossible d’acquérir autrement. » nous dit Eleanor Roosevelt.

Qu’il est impossible d’acquérir autrement.

Je n’avais qu’à sortir de l’attente, me mettre en mouvement, en action, et le mouvement se crée, et l’énergie se déploie. Même quand c’était difficile. Pénible. Même de mauvaise humeur.

Le premier pas suffit.

Le premier pas entraîne les milliers de suivants. J’ai fait environ 145 kilomètres. C’est un premier pas. Et à la fois déjà des milliers.

Faites le premier pas ! Quel serait votre premier pas une fois sorti de la tente ? S’il n’y a qu’une toute petite chose que vous pouvez faire pour vous aujourd’hui, c’est quoi ?

Alors comme dirait William James, certes « l’action n’apporte pas toujours le bonheur, mais il n’y a pas de bonheur sans action. » 🙂

« On a tous envie de faire quelque chose qu’on n’a pas osé démarrer », qu’elle dit, Delphine Buisson dans son joli Ted, même s’il sonne un peu trop préparé !

De l’audace ! De l’action !

Merci (<3) à toutes celles et ceux qui étaient là, qui disent OUI, qui sont audacieux, qui essayent, merci pour tout.