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Pourquoi ai-je choisi la Lituanie pour démarrer ma vie de mouvement ?

J’avais besoin, pour tout redémarrer à zéro, de nature, de silence, d’espace, et d’un ponton.

Parfois, tourner la page ne suffit plus, il faut carrément changer de livre.

C’est dans cet état d’esprit que je suis partie et le choc du changement a été pour le moins rude et douloureux, on ne va pas se mentir.

C’est un peu comme accoucher de soi-même : on ne va pas s’étendre ici sur les douleurs de l’enfantement, afin de ne pas mettre en péril la survie du développement personnel, mais ça ne se fait pas sans douleur, ne nous mentons pas…

Pendant à peu près 10 ans je m’étais plus ou moins fourvoyée, notamment dans ma vie professionnelle qui n’était pas réellement celle à laquelle j’aspirais, et je ne m’étais jamais donné les moyens d’aller conquérir.

J’ai choisi la Lituanie qui offre de grands espaces verts, des lacs préservés et un temps un peu hors sol.

Le choc est rude car j’ai porté mon choix sur une situation un peu extrême : au bord du lac j’ai une petite cabane sans eau courante, avec un point d’eau sous les arbres et une petite salle de bain précaire dans la maison non loin des propriétaires.

Promesse tenue, donc, pour la déconnexion et le retour aux essentiels

Pendant plusieurs jours je me sens comme en rehab : je tourne en rond, je cherche partout dans ma tête de quoi nourrir mon égo. Concrètement j’ai clôturé une étape professionnelle, vendu ma maison, mis ma vie dans des cartons et pris l’essentiel avec moi dans le van : autant dire que mon égo s’est mis en boule dans un coin pour pleurer.

Je souffre d’à peu près tout :

La météo – Lituanie voulant dire littéralement « pays de la pluie ».

La saison alterne entre trois jours de soleil et trois jours de pluie – ceux-ci me contraignant à rester à l’intérieur de la cabane, en proie à mes doutes et mes peurs. Tandis que le soleil allège tout (« Il me semble que la misère serait moins pénible au soleil »).

Je tourne en rond et je doute de tout avec une obstination admirable : tout quitter était-ce bien raisonnable ? Ma maison, ma cave à vin, ma baignoire et mon lave vaisselle me manquent plus que je n’ose l’admettre ; je ne suis qu’une jeune femme comme une autre esclave de la modernité et du confort. Jamais je n’aurai les épaules pour vivre la vie aventureuse qui m’aspire si je flanche au bout de la première demi-journée de pluie.

Tout mon confort me manque, et même alors que j’avais la sensation que ma zone de confort allait me tuer, hors de ma zone de confort, ici en Lituanie, j’ai peur et j’ai froid, je me sens seule et inutile – heureusement que j’ai vendu la maison, sinon je risquerais de faire marche arrière.

Les Lituaniens.

Portés par une histoire difficile, et froide, les populations locales ont bien du mal à accueillir chaleureusement la petite française au sourire un peu obstiné. Dans ce coin reculé de la Lituanie, au bord de l’Europe et du lac Asveja, on peine à comprendre ce que je fais là.

Aucun accueil et aucune chaleur, pas un effort pour qu’on se comprenne, pas un mot doux.

La « gastronomie »

Ceux qui me connaissent savent la place qu’occupe la gastronomie dans ma vie. Je pourrais répondre, comme Julia Child jouée par Meryl Streep dans le très poétique Julie & Julia que… « ce que j’aime le plus dans la vie c’est manger ! » Et cuisiner, et préparer, et cuire, et goûter, et boire du vin.

Dans cette campagne reculée d’un pays marqué par les privations et l’austérité, autant ne pas chercher le rayon légumes bios dans les supermarchés.

J’ai une petite plaque électrique dans la cabane, et un minuscule réfrigérateur en souffrance : c’est donc avec cela que je cuisinerai.

La solitude.

C’est peut-être le choc le plus rude de la vie nomade : quand on choisit de ne plus être attaché.e à un lieu, on se détache aussi de tous nos proches qui sont restés y vivre. Et qui pour la plupart voient d’un mauvais oeil nos élucubrations de saltimbanque.

« Liberté, liberté chérie » ça ne résonne pas à toutes les oreilles avec la même mélodie.

Je me sens, quelque part, comme en prison, punie de moi-même, au coin pour réfléchir à mes actions.

Pourtant tout sonne étonnement juste

C’est drôle, c’est un peu le miracle de la vie en mouvement : lorsqu’on suit son instinct et ses aspirations, lorsqu’on répond à l’appel de notre nature profonde, tout finit par s’aligner, se poser, s’emboîter de la meilleure des manières.

La Lituanie agit comme une détox.

Tout ce dont je croyais avoir besoin, tout ce dont je sentais, dans ma chair, le besoin sincère et presque oppressant ; tout ce qui me manquait, plus cruellement encore que je ne l’avais imaginé, je devais apprendre à le trouver dans ce que j’avais. Comme le propose Eckart Tolle.

Rien de plus efficace que la vraie vie pour expérimenter les théories spirituelles.

J’apprends donc à faire avec ce qu’il y a, et j’essaye de moins pester.

Moins pester contre la météo : Je profite de jours de soleil pour étirer le temps passé à l’extérieur ; sur le ponton pour lire et méditer, et écouter les podcasts de la Grande Libraire, sur les chemins alentours pour reprendre la course à pied, ou juste sur l’herbe, à attendre que les petits animaux que j’essaye d’apprivoiser se montrent. Je profite des jours de pluie pour observer le temps, pour méditer dans la cabane, et pour lire sous la couette.

Apprécier la différence des Lituaniens : J’apprends à les comprendre, je travaille ma capacité d’adaptation et de compréhension de ce qui est différent de moi. Je m’emploie à développer l’endurance et la combativité de mon sourire.

Développer ma créativité culinaire : je travaille des produits plus que bruts et j’embrasse pleinement ce que je rencontre comme possibilité gastronomique. Des fermiers non loin livrent des oeufs, du lait et des fruits, qui deviennent avec quelques céréales la base de mon alimentation, j’apprends même à faire du fromage. Et surprise : il est excellent. Je vous partagerai la recette très bientôt 😉

Embrasser la « solitude heureuse du voyageur » : je fouille dans ce qu’il y a pour moi au fin fond de cette expérience douloureuse. Toute rupture crée un processus de deuil, tout changement doit être géré pleinement : que dit ma solitude ? La solitude est le socle de tout process qui exige un redémarrage à zéro.

Lorsqu’on démarre à zéro, on redémarre à soi, à qui on est, à cet étranger que nous sommes parfois devenus pour nous-même, bombardés que nous sommes de messages, d’images, de calques – par la société, la vie, l’éducation, les médias… Une fois retirée la couche de tout ce qui n’est pas nous-même, nous pouvons nous trouver bien rachitique, et bien peu engageants.

C’est effrayant, et on peut avoir envie de faire demi-tour : remettre sur soi toutes les couches qui n’étaient pas nous mais qui nous tenaient chaud.

Que l’on se le dise, dans la liberté, il y a des courants d’air.

Mais il y a surtout la vie, plus pure et moins dorée.

La Lituanie a été mon premier rayon de soleil (et ma première averse) au sortir de la Caverne.

Ça pique, mais c’est la vraie vie.

Et la bonne nouvelle, la plus douce dans tout cela et dans ces premiers pas douloureux, c’est que la vraie vie est bien plus savoureuse.

Parce qu’elle sonne juste et qu’elle est bien réelle.